Complications : les tendances de demain

| April 26, 2011 | 1 Reply

Watchmaking Claret Complication
© Christophe Claret

Le monde des complications ne connait pas de limite. Mais les horlogers ont-ils pour autant le loisir de créer tout ce qui leur vient à l’esprit ? Naturellement non, et pour une raison principale : l’opinion du consommateur est forgée par ce que les marketeurs appellent des ‘tendances’. Et le fait est que la tendance de 2010 fut celle d’un retour à des pièces simples, discrètes, lisibles, ce qui n’est pas vraiment le terrain de jeu favori des inventeurs géniaux mais un peu hors normes. Comment les deux vont-ils se (ré)concilier ?

De quoi parlons-nous ?

Avant d’aborder le sujet de l’avenir des complications, Stéphane Belmont, Directeur du Développement Produits chez Jaeger-LeCoultre, introduit une distinction intéressante : “Il y a deux types de complications. Le premier type est inhérent à l’art horloger en tant que tel, ce sont ces complications traditionnelles que nous allons continuer à interpréter à notre propre manière.

Le second type est plus inhérent à notre mode de vie, puisque les complications sont conçues pour répondre aux attentes du rythme de vie sans cesse changeant de l’homme moderne. Par exemple, notre Master Geographic avec des fuseaux horaires multiples prenant en compte les heures d’été vient du fait que l’on voyage de plus en plus souvent. Il y a quelques décennies, cette complication n’aurait pas pu voir le jour dans la mesure où les gens n’avaient pas la possibilité de traverser des fuseaux horaires avec la même rapidité que nous aujourd’hui“.

Stephane Belmont JLC
Stéphane Belmont, Jaeger-LeCoultre © Jaeger-LeCoultre

Complications cachées
En essayant de garder les montres aussi élégantes et sobres que possible, mais, en même temps, de repousser sans cesse les limites du possible, les designers et horlogers ont eu tendance à dissimuler leurs complications sous le cadran.

Les premières pièces de Thomas Prescher ont marqué une rupture, avec dans le même boitier de véritables pièces d’art de complications, dans un design très simple et épuré.

Thomas Prescher Double Axe Tourbillon
Thomas Prescher Tourbillon Double Axe – © Thomas Prescher

Bernard Richards, CEO et fondateur de BRM, confirme cette tendance : “Nous étions allés trop loin dans le style compliqué. Il était devenu de plus en plus difficile de lire l’heure, alors que c’est quand même la fonction première d’une montre !

Lionel Ladoire, CEO de Ladoire, abonde dans le même sens : « Les complications visibles ont fait leur temps. En ce qui me concerne, il est temps de revenir à la table à dessin et de se pencher sur le moteur de la montre. C’est ce qui, au final, fait la différence. La phase de lune, au même titre que toute autre complication de ce type visible sur le cadran, ne sont que la partie émergée des complications embarquées dans la moteur sous-jacent ».

Lionel Ladoire Portrait
Lionel Ladoire et sa montre Mr Green de la collection Black Widow – © Ladoire

Squelette, mon amour

Pour autant, seulement quelques amateurs très avertis peuvent apprécier comme il se doit une Laurent Ferrier Tourbillon Double Galet…dont ces éléments sont complètement invisibles. C’est davantage un plaisir de l’esprit que des yeux. C’est dans cette perspective que les montres squelettées sont apparues, pour concilier le besoin d’avoir un moteur à complication, mais que son propriétaire puisse admirer d’un seul coup d’œil. C’est sur ce modèle économique à part entière que reposent des créations comme celles de Richard Mille. Un grand nombre d’horlogers ont fait de même, à l’instar de Greubel Forsey avec son Double Tourbillon Technique.

Compliqué, mais utile

Quoi qu’il en soit, notre client toujours insatisfait aimerait aussi avoir des complications utiles, et pas simplement qu’il puisse admirer. Certes, nous avons déjà les chronomètres, les phases de lune, de marée, de soleil, les GMT, les quantièmes perpétuels, les flybacks, les Grandes Sonneries, les dates, les grandes dates, les Stop secondes, etc. Quoi d’autre ?

Certains voient la mesure au centième comme le prochain stade des chronomètres. Même si un mouvement comme le El Primero A386 de Zenith le fait depuis 1969, il n’en reste pas moins que très peu de marques le maîtrisent. TAG Heuer a dernièrement positionné son Mikrograph sur ce segment.

A l’opposé, Hublot a récemment exhumé un concept de montre de 1850, suivant lequel son propriétaire peut, à sa guise, accélérer ou ralentir la marche du temps affiché. Cette pièce, « La Clef du Temps », pourvue d’un tourbillon, sera dévoilée à BaselWorld 2011. En voici un premier aperçu exclusif :

Hublot Exclusive Cles du Temps
La Clef du Temps, par Hublot © Hublot

Stéphane Belmont, Directeur du Développement chez Jaeger-LeCoultre, se projette encore plus loin : “Nous ne savons pas quel sera notre mode de vie à l’avenir, mais nous avons la certitude que nous verrons apparaître de nouvelles complications qui vont les accompagner. Par exemple, nous pouvons imaginer qu’à l’avenir nous nous déplacerons de plus en plus fréquemment dans l’espace, et dans ce cas, ne serait-il pas intéressant d’avoir une complication qui puisse calculer le temps dans l’espace et la différence entre le temps à domicile et le temps dans l’espace ou sur d’autres planètes ? ».

” La technique seule ne sera pas suffisante pour séduire le client”

Chez Montblanc, Alexander Schmiedt , Directeur Category Management Montres, souligne deux défis différents pour les complications : « En premier lieu, elles doivent se confronter à un véritable challenge technique, idéalement qui n’a jamais été vu auparavant. L’horlogerie a toujours été une quête d’innovation. Beaucoup de choses ont déjà été faites sur le tourbillon, et même si j’estime qu’il y a encore de la place pour l’innovation, il reste des domaines à explorer comme le chronographe ou les “striking watches“.

En second lieu, l’esthétique ! La complication de l’avenir devra avoir un design fort et excitant qui soit en phase avec l’innovation technologique qu’il présente. La plus brillante amélioration technique ne recevra pas l’attention qu’elle mérite si sa présentation n’est pas à la hauteur. La technique seule ne sera pas suffisante pour séduire le client ».

Technique et esthétique, l’avenir des complications ?

De nombreux horlogers estiment que l’association “technique + esthétique” est la combinaison gagnante pour les complications de demain.

Par conséquent, quand Alexander Schmiedt indique qu’il reste « de la place pour l’innovation » en ce qui concerne le tourbillon, Christophe Claret semble déjà en occuper une large partie : «Nous avons créé, réalisé et mis au point un échappement à détente traditionnel avec spiral cylindrique d’une très grand esthétique. Nous avons surtout travaillé afin que celui-ci résiste aux chocs, ce qui a été relativement complexe. Mais nous avons abouti avec succès à ce résultat. Ce mécanisme est une évolution intéressante et très esthétique au tourbillon conventionnel» . A nouveau, pour le père de la Dual Tow, le couple « technique + esthétique » semble être la clé du succès pour les complications de futur.

Claret Watchmaking
Christophe Claret (gauche) © Christophe Claret

En conclusion

C’est un exercice assez délicat que de se figurer les complications d’avenir, mais, pour autant, nous pouvons supposer qu’elles se devront d’être aussi belles que techniques. Et abordables, comme conclut ainsi Christophe Claret : « Alors qu’hier il était relativement aisé de vendre des montres à un prix de 300’000 à 1’000’000 Fr prix public, à ce jour, cela est devenu extrêmement difficile, la demande se portant plus sur des produits se situant entre 80’000 et 300’000 Fr prix public. Cela nous influence bien entendu à travailler sur des mouvements, voire des modules, innovants, mais d’un coût limité permettant d’arriver à ce prix public. Cette tendance risque de durer 2 ou 3 ans encore ».

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Category: French

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Olivier Muller is half Swiss, half French, and has been raised in the world of haute horlogerie & luxury watches right from the cradle. He now works in Public Relations in Paris.

Comments (1)

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  1. Anwar says:

    Bravo Olivier, c’est un article très intéressant. Le fait de souligner deux types de complications (traditionnelles et répondant à notre style de vie) marque vraiment une coupure entre l’horlogerie classique et l’horlogerie moderne. En effet, n’oublions pas que les complications sont nées pour répondre à un besoin avant tout et l’esthétique venait au second plan! Serait-ce une des raisons pour laquelle le commun des mortels remplace petit à petit les montres par de la nouvelle technologie?

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