Entretien avec Ludovic Ballouard, créateur de l’Upside Down

Ludovic Ballouard

Déroutant. Ludovic Ballouard est un homme déroutant. Tout ce qu’entreprend ce jeune et brillant à l’horloger part systématiquement à l’opposé des sentiers battus. Quand la plupart de ses confrères indépendants rêvent de développement et d’expansion, lui veut rester  seul et ne pas dépasser 100 pièces par an. Quand certains de ses confrères s’achètent une  nouvelle Porsche, Ludovic s’achète…une maquette d’avion. Quand ils organisent de prestigieux show-cases, Ludovic emmène ses  clients… boire une bière à la buvette du village. Et là où tous rivalisent de prestigieux ateliers et demeures, pour rien au monde  Ludovic ne quitterait son village et sa douzaine de chiens et chats.

Accueillant, authentique et modeste, Ludovic n’en cache pas moins un savoir-faire horloger prestigieux. Ancien des ateliers Franck Muller puis F.P. Journe, il avoue, presque gêné, avoir “tout fait“. Rapidement, face à sa maîtrise, les clients de ces deux ateliers le pressent de développer sa propre pièce.

En 2009, Ludovic se lance. Une idée lui vient en 15 mn. Il en prend quelques-unes supplémentaires pour la griffonner sur un….post-it. Et ainsi naquit  l’Upside-Down, une montre qui ne pouvait être….qu’à l’envers.

Nous avons eu le plaisir de passer un moment en compagnie de Ludovic. L’interviewer est un exercice difficile. Un business plan ? Il n’y a  pas pensé. Des projets pour la suite ? Oui…une trentaine. Des  sources d’inspiration particulières ? Non, pas vraiment, ça peut être un arbre, une route, ou un rêve fait dans la nuit.

A quoi marche Ludovic Ballouard, alors ? A la passion et à l’instinct uniquement. Rencontre avec un homme ordinaire qui réalise des choses extraordinaires.

Ludovic Ballouard Upside Down watch
©Wai Shan Lam

TWL : Bonjour Ludovic. Comment s’est passée l’expérience de ta première réalisation, l’Upside-Down ?

LB : Très bien ! Ca y est, depuis quelques semaines, les 12 modèles sont livrés. Chacun d’entre eux est unique, puisque chaque modèle de 1 à 12 est identifié par son chiffre correspondant teint en rouge sur le cadran de la montre.

TWL : Comment la montre fut-elle accueillie par ces douze premiers élus ?

LB : Il y a eu un très bon accueil. Et même un très bon accueil anticipé, puisque la numéro 1 a même été commandée sans que le client n’ait vu un seul plan, une seule esquisse !

Elles ont toutes été livrées en mains propres. C’est très important pour moi. Mes montres sont l’extension de ma personnalité, et mes clients veulent savoir qui il y a véritablement derrière une Ludovic Ballouard. C’est important pour eux, c’est important pour moi.

TWL : Pourquoi ne pas avoir créé une marque ? Aujourd’hui, Ludovic Ballouard, c’est simultanément un homme, une marque, et un produit, ce n’est pas évident à gérer…

LB : Pour les mêmes raisons que précédemment. Pour moi, il ne doit pas y avoir de rupture entre l’horloger et son travail. Une marque créée de toutes parts a quelque chose d’impersonnel qui ne me ressemble pas. Aujourd’hui, mon associé commercial ou moi connaissons personnellement chacun des 12 premiers possesseurs. C’est comme un club, il y a quelque chose qui nous unit.

Ludovic Ballouard
©Ian Skellern

TWL : Justement, le profil du client Ludovic Ballouard, c’est quoi ?

LB : Difficile de définir un profil type. L’amateur de quelque chose d’unique, assurément. Une personne à la recherche d’authenticité, également, ainsi que de très haute qualité proposée à sa juste valeur.

TWL : Comment cela ?

LB : Je produis du haut-de-gamme, mais je ne rajoute pas un zéro aux prix de mes montres pour le simple plaisir de les positionner artificiellement dans l’ultra haut-de-gamme exclusif. Je ne comprends pas ces marques qui proposent des montres à 100.000 CHF avec une monture acier et un mouvement produit ailleurs sur lequel seule la platine est changée, par exemple. C’est ahurissant, cela m’exaspère.

TWL : Les grandes messes type BaselWorld aussi, non ?

LB : Non, disons juste que ça ne m’intéresse pas. De surcroît, j’ai toujours peur de voir les créations des autres m’influencer sans que je ne m’en rende compte ! Voir les idées des autres freine ma créativité.

Je vais parfois dans des salons professionnels, mais je travaille avec des fournisseurs indépendants, qui sont tous des amis, et cela fonctionne très bien comme cela. Quant à la rencontre de nouveaux clients que ces salons peuvent m’apporter, disons que pour le moment, ce n’est pas nécessaire… ! Après avoir eu le privilège de travailler sur la Grande Sonnerie de FP Journe, j’ai une certaine légitimité, ainsi qu’une notoriété qui me permet de recevoir des commandes depuis Paris, Londres, Sydney, ou encore Singapour.

TWL : Tu peux donc rester indépendant ?

LB : Oui, et c’est pour moi essentiel. J’aime l’indépendance totale, je ne rends de compte à personne, et je suis financièrement autonome.

Ludovic Ballouard Upside Down Watch
©Wai Shan Lam

TWL : Et pour l’avenir, quels sont tes projets ?

LB : Je pars sur une base d’environ un nouveau modèle tous les deux ans. Donc d’ici 2012, l’Upside-Down sera complétée par une nouvelle montre, pour laquelle j’ai déjà une trentaine d’idées ! Il faut que j’affine le projet, mais c’est déjà bien avancé. A priori, je resterai proche de l’Upside-Down, mais avec des évolutions encore non définies à ce stade. Chaque nouveau modèle sera préfiguré d’une série limitée à 12 exemplaires, qui seront proposés en priorité aux 12 propriétaires de l’Upside-Down. Pour leur présenter, j’aimerai d’ailleurs réunir ce club le temps d’un week-end, quelque part dans le monde, je ne sais pas encore où, mais je n’aime pas trop voyager, il faudra que je me force un peu, les longs trajets m’ennuient… !

TWL : Que peut-on imaginer pour ces nouveaux modèles ?

LB : Je ne sais pas encore vraiment, mais quoi qu’il en soit, l’ajout d’un tourbillon ou d’un chronographe ne m’intéresse pas à ce jour !

TWL : Pourquoi ?

LB : Je ne sais pas, ce n’est pas dans l’esprit de mes créations. Ce n’est pas dans ma manière de voir les choses. Je n’ai pas de plan créatif ni de business plan, à vrai dire, je travaille à l’instinct…

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About Olivier Muller: Olivier Muller is half Swiss, half French, and has been raised in the world of haute horlogerie & luxury watches right from the cradle. He now works in Public Relations in Paris. View author profile.

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