Interview With Eric Giroud, Watch Designer Extraordinaire! (French Version)

TWL: Quel sont les dessins de montres sur lesquels tu as travaillés qui ont représenté le plus grand défi ?
EG: Chaque nouveau projet représente un défi. Cependant, historiquement, le premier vrai défi pour moi fut l’étude du Tourbillon Glissière pour Harry Winston. Il s’agissait pour moi de travailler pour la première fois en collaboration avec un horloger, Christophe Claret. J’ai beaucoup appris, Christophe Claret fut extraordinaire et Harry Winston très confiant.
HM N°1 de MB&F à également représenté un énorme défi, car il s’agissait de créer une première montre pour une nouvelle marque, avec tout ce que cela comporte de peur et de questionnement. J’ai énormément appris lors de cette aventure, c’était une grande première pour moi.

Simply amazing – the Harry Winston Glissiere Tourbillon Automatic
Enfin, Opus 9 fut également un magnifique défi, car j’ai du gérer la grande liberté que Harry Winston et Jean-Marc Wiederecht m’ont laissée dans l’approche conceptuelle du projet. Cette liberté totale n’est pas nécessairement simple à gérer, mais dans le cas présent il y a eu un magnifique support des autres partenaires et le résultat est parlant…
TWL: Quelle est ta création horlogère qui te rend aujourd’hui le plus fier ?
EG: Sans aucun doute Opus 9 pour Harry Winston.
TWL : Pourquoi cette pièce a-t-elle une signification particulière pour toi?
EG: Parce que ce projet est très personnel, car je l’ai crée en vacances, hors de mon contexte habituel de travail. Il l’est également par la richesse de la collaboration avec l’équipe de Harry Winston et de l’horloger Jean-Marc Wiederecht. Cette aventure m’a beaucoup appris et fut merveilleuse au plan humain. La gestion d’une telle liberté pour créer une pièce aussi prestigieuse est de prime abord une chose assez difficile, mais je dois avouer que le résultat me plait énormément. J’ai été très ému du résultat lorsque j’ai vu le premier prototype
TWL: Quelles sont tes sources d’inspiration pour les incroyables designs que tu crées? Comment ces influences ont un impact sur la pièce finie dans son ensemble?
EG: L’inspiration… Quel mot magique ! Je plaisante mais, en effet, il faut être très inspiré pour créer des montres qui se démarquent et se remarquent. Pour moi, il y a deux sources à l’inspiration. La première vient d’abord de l’extérieur, des marques qui vous alimentent de données et de signes. La seconde vient de l’intérieur, des recherches et de la culture personnelles. En ce qui me concerne, je m’intéresse à diverses formes d’art. J’adore écouter et découvrir de la musique, si possible allongé sur un canapé. Je suis amateur d’art contemporain, je parcours les expositions, je vais à la rencontre des artistes, j’aime vivre entouré d’œuvres et j’en achète lorsque je le peux. Je me nourris aussi du cinéma, de ses histoires, de l’imaginaire des cinéastes. Sans oublier les nombreux magazines qui me permettent de sentir les diverses tendances.

The legendary Opus 9
Musique et horlogerie se rencontrent dans le rythme et l’harmonie. Une minute de musique provoque chez moi une émotion d’une force exceptionnelle. Je cherche modestement à m’en rapprocher quand je crée une montre, à toucher les sens au plus profond. Outre le fait que j’aime son regard sur le monde, l’art contemporain m’aide à m’interroger, à repousser mes limites, à sortir de mes habitudes. Ses interrogations stimulent ma créativité. Les artistes n’ont ni limite ni tabou, ils osent, voire dénoncent, ce qui n’est pas si courant de nos jours. Me confronter à eux est une réelle bouffée d’air. Cela m’aide à créer des tensions et à apporter des idées ou des éléments nouveaux dans l’horlogerie.
L’impact de l’inspiration sur la pièce finale n’est pas nécessairement important, car l’émotion que procure une pièce horlogère est propre à chacun. Je pense que les sources d’inspiration sont souvent non dévoilées et restent une partie intimement cachée au public. En cela, elles appartiennent parfois uniquement aux personnes qui ont participé au développement du projet.
TWL: Quelle est la première chose que tu considères quand tu dessines une nouvelle pièce horlogère?
EG: Comprendre le projet en question. Ensuite seulement, le processus de création peut se mettre en marche par le biais de croquis ou dessins à la main. A ce stade, l’objectif est d’appréhender au mieux les diverses difficultés liées aux dimensions de l’objet et à l’intégration du mouvement, ainsi qu’a la manière de construire la montre. Tout ceci représente la phase conceptuelle de l’objet. A partir de là, je peux rencontrer de nouveaux représentants de la marque en question afin de partager mes interrogations, mes idées, afin de définir la direction à prendre. Il est très important pour moi d’impliquer les divers interlocuteurs du projet au plus tôt du processus de création, pour être le plus juste possible.
TWL: Quel est le plus difficile quand tu commences un nouveau projet de design?
EG: C’est de comprendre la raison, le pourquoi et le fond du nouveau projet. D’abord de réfléchir pour être le plus juste possible envers la demande afin de pouvoir ensuite créer l’objet. J’aime à répéter qu’un bon projet est un condensé de bonnes questions, et un bon produit est une bonne réponse.

HM No.1 in White Gold by MB&F
TWL: Parmi les multiples collaborations que tu as eues avec tant d’horlogers étonnants, y’en a-t-il une qui se démarque particulièrement ?
EG: Je ne peux malheureusement pas en choisir une seule, car à chaque étape et pour beaucoup de différent projets, j’ai travaillé avec des horlogers extraordinaires qui m’ont beaucoup appris. Historiquement, le premier qui m’as ouvert la porte de son atelier fut Peter Speake Marin ; il m’a fait prendre conscience de l’importance d’un mouvement, des ses divers composants, de son fonctionnement de ses diverses finitions.
Ensuite, il y a Christophe Claret, lors de l’étude du Tourbillon Glissière pour Harry Winston. C’était la première fois que je collaborais à un projet qui contenait un mouvement très compliqué, dont le design devait également porter sur ses propres composantes. Ce fut pour moi extraordinaire de pouvoir travailler sur la totalité du projet, y compris sur tout ce qui fut relatif au mouvement.
On pourrait aussi citer Laurent Besse, son inventivité et son ouverture d’esprit dans le cadre de HM N°1, ou encore Jean-Marc Wiederecht pour la richesse de notre collaboration, et pour son incroyable ingéniosité dans le cadre de l’ Opus 9.
TWL: Peux tu nous donner un aperçu de ton travail actuel, ou encore des master designer en 2010?
EG: Je ne peux malheureusement pas dévoiler les projets sur lesquels je travaille en ce moment, mais je peux toutefois signaler que j’ai des projets pour 2011 et 2012. La confidentialité est un des maîtres mots de ma profession, c’est pourquoi avant la présentation dans les salons horlogers de chaque nouveau produit auquel j’ai participé, je ne peux malheureusement rien dévoiler.
TWL: Quel conseil pourrais-tu donner aux designers qui désirent suivre tes pas?
EG: Je n’ai pas de conseil particulier à donner aux jeunes designers, si ce n’est simplement leur dire qu’il s’agit d’un merveilleux métier doté de beaucoup de règles. Ne dit-on pas que de la liberté naît des règles ? Il faut beaucoup de patience, d’humilité face aux différents interlocuteurs, être très curieux et avoir de temps en temps de la chance…
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Another nice interview Tom!
Thank you Kyle, I am so glad to hear you enjoyed reading it!