Interview With Master Watchmaker Thomas Prescher (French Version)

| January 24, 2010 | What Do You Think? (1)

Thomas Prescher

Il y a quelques semaines, nous avons évoqué ici l’incroyable montre Qatar du maître horloger Thomas Prescher. Reconnu  au plan international pour ses capacités, M. Prescher a créé certaines des pièces les plus incroyables qui soient, comme le tourbillon Triple-Axis. Réputé pour sa créativité et sa détermination, M. Prescher a dernièrement pris le temps, malgré sons activité débordante, de nous parler de sa carrière comme créateur de montres, les défis qu’il rencontre, et ce qui l’amène à créer ses pièces.

TWL: Avez-vous toujours été passionné par les montres et leur réalisation ? D’où cette passion vous vient-elle ?

TP: Lorsque j’avais 12 ans, une de mes tantes m’a montré des pierres précieuses. C’est devenu pour moi une passion, et j’ai décidé de devenir orfèvre afin d’aller encore plus loin. Alors que j’étais encore étudiant, j’ai fait un apprentissage chez un bijoutier, et c’est ici que s’est fait mon premier contact avec l’univers de la montre. C’est devenu une nouvelle passion. Deux ans plus tard, j’ai décidé de m’engager comme officier dans la marine. Je l’ai quittée six ans plus tard pour concrétiser ce qui était mon véritable rêve, et environ un an plus tard, j’ai commencé à apprendre le métier d’horloger.

TWL: Avez-vous eu par moment l’ambition personnelle de devenir un Maître Horloger et de vous dire « je vais fabriquer les plus grandes complications que le monde ait jamais connu » ?

TP: La première fois fut durant mon apprentissage, lorsque mon professeur, me prenant à part, me demanda si j’avais déjà réalisé des travaux purement personnels, sans lui en avoir demandé la permission. J’ai juré que non, et lui ai demandé pourquoi. Il m’a dit qu’il avait trouvé un levier complexe d’un vieux chronographe dans la machine de nettoyage des pièces. Je lui ai demandé pourquoi il avait pensé que c’était mon initiative. Il répondit : « tu es le seul à avoir les capacités de réaliser cela à la main ; tous les autres m’auraient demandé si par hasard je n’avais pas trouvé cette pièce ». Finalement, elle provenait d’une autre section, mais il m’a dit avoir vu un talent particulier dans mes réalisations.

La deuxième fois où je me suis dit que je pouvais réellement réaliser de belles choses fut lorsque j’ai terminé mon apprentissage en trois ans au lieu de quatre. Je fus ainsi le tout premier à disposer de mon diplôme par anticipation, et par la même occasion à présenter le meilleur diplôme cette année-là en Suisse.

Enfin, j’ai eu la permission de réaliser mon premier tourbillon dans le cadre de mon apprentissage, ce qui était une performance quasiment jamais vue pour un apprenti horloger !

Thomas Prescher Calendar QP1
Thomas Prescher Calendar QP1

TWL:Quels sont les autres horlogers que vous admirez ? Y’a-t-il quelqu’un en particulier qui vous semble avoir contribué de manière significative à cet univers ?

TP: Je préfèrerai évoquer les réalisations que j’admire le plus, par opposition aux personnes, au moins je suis sûr de n’oublier personne !

J’admire la force et la discipline requises pour suivre son idée et sa vision jusqu’à leur réalisation, tout comme la patience de faire les choses, même si cela prend du temps. J’admire aussi la force et la détermination nécessaires pour ne pas abandonner, même si l’objectif n’est pas réaliste.

J’ai toutefois une pensée plus particulière pour tout ceux qui ont eu une influence particulière sur mon travail. Ces personnes qui ont eu la contribution la plus significative à mes capacités actuelles de réalisation sont mon maître, qui m’a enseigné à toujours chercher à s’améliorer. J’aimerai aussi citer Richard Habring, qui non seulement a pu convaincre mon maître de me laisser réaliser un tourbillon durant mes études, mais m’a aussi donné les principes fondamentaux d’un mouvement. Et bien entendu Richard Daners, qui a répondu à toutes mes questions lorsque j’ai eu la possibilité de concevoir mon premier modèle fabriqué à la main lorsque j’étais employé.

La plupart des connaissances que j’ai proviennent de livres, de mes relations, mais aussi et surtout de mes expérimentations et de mes erreurs. J’ai aussi énormément appris lors de restaurations effectuées sur de vieilles montres de maîtres, qui m’ont ainsi appris comment leurs montres fonctionnaient et ce qu’il valait mieux ne pas faire.

TWL:Qu’est-ce qui vous a inspiré pour créer le tout premier tourbillon à deux axes pour montre de poche, puis pour montre bracelet ?

TP: J’ai vu la photo des tourbillons multi-axes Randal & Goods pour montre de table dans un livre sur les tourbillons, et je me suis dit que ce serait une bonne idée, quoique dépourvue de bon sens, que d’équilibrer ceci dans une montre qui ne changerait pas de position. Cela devait donc être fait dans une montre portative.

J’ai commencé avec une montre de poche, mais lors de la présentation au public, j’ai constaté qu’il n’y avait aucune attente pour les montres de poche. J’ai donc créé le tourbillon Triple Axe pour montre de poignet l’année suivante, parce que les personnes qui pensaient à l’origine que le double axe était une réalisation impossible, demandaient à présent une triple axe, pensant que ce serait pour moi une réalisation impossible.

Thomas Prescher Triple Axis Tourbillon Regulator Sport
Tourbillon Triple Axe Regulator Sport – Le Tourbillon à trois axes, le premier et le deuxième tournent en une minute, le troisième en une heure.

TWL: Après le succès incroyable de ces deux pièces remarquables, en 2003, vous avez été plus loin avec la Trilogie Tourbillon, à Baselword 2004, durant lequel vous avez révélé le premier tourbillon triple axe pour montre de poignet jamais réalisé. Avez-vous déjà douté de pouvoir réaliser cette prouesse ?

TP: Je savais que c’était faisable, mais plus d’une fois j’ai failli tout jeter dans le lac Biel. Toutefois, j’ai refusé d’abandonner, et j’ai continué à tordre les pièces, à proprement parler, pour qu’elles abandonnent leur résistance. J’ai finalement gagné la bataille conter le Triple. Le fabriquer reste cependant comme chevaucher un pur sang arabe. Très difficile, mais cela procure beaucoup de plaisir et de satisfaction.

TWL: Quels ont été les plus grands défis lors de la conception de ces pièces, et comment les avez-vous surmontés ?

TP: Concevoir une montre comme une véritable pièce d’art. D’un point de vue technique, le plus grand défi fut d’intégrer le fait qu’une force constante dans le mécanisme est plus ou moins une obligation pour un système comme le mien. Il a également été très difficile de synchroniser le bras du Tourbillon avec le mécanisme des minutes. Cela m’a pris presque la moitié du temps total.

Cependant, au global, la chose la plus difficile fut la réalisation d’un tel prototype 100% financé de ma propre poche. Aucune banque ne voulait m’aider. J’ai donc quasiment tout fait avec mon propre matériel, ce qui fut riche d’enseignements.

A mon sens, le seul moyen de surpasser les difficultés lorsque l’on est une start-up est d’avoir une volonté inébranlable, de beaucoup travailler et de s’armer de patience.

TWL: Avec le recul, auriez-vous fait certaines choses différemment ?

TP: Je n’ai qu’une vie, et j’en suis là aujourd’hui grâce aux choses que j’ai faites à ma manière. Par conséquent, je referai tout de la même manière, car je suis heureux aujourd’hui ! Si j’avais une seconde vie, il y a beaucoup de choses que je ferai différemment, pour rendre les choses plus aisées pour les autres comme pour moi, mais je ne suis pas sûr que cela aurait produit le même résultat.

Thomas Prescher Qatar Watch
Stupéfiant – les mécanismes intérieurs de la Qatar.

TWL: Récemment, vous avez annoncé la finalisation de la gamme custom de la Qatar, au sein de la série TempusVivendi. Quels furent les meilleurs moments de la conception et de la réalisation d’une telle pièce, et qu’avez-vous trouvé de plus délicat ?

TP: Je suis très heureux des commentaires très positifs que cette montre a reçus. Pour ce qui est des aspects les plus stimulants mais aussi les plus difficiles, je citerai le formatage des bras. Au premier regard, on a l’impression qu’ils ont été fait exprès pour mon système, mais c’est une erreur. J’ai dû changer tellement de choses, principalement car les lames devaient être amenés depuis le bord externe, et non depuis le centre. Cela m’a pris un mois pour concevoir le système, et encore un mois pour faire les nouvelles pièces.

Ce qui est particulièrement plaisant, c’est que j’ai l’opportunité d’être en contact rapproché avec tout un ensemble de nouvelles choses que je découvre lorsque je fais mes recherches en amont de la réalisation d’une montre comme celle-ci. J’ai découvert un nouveau et passionnant pays, et de même pour sa culture.

Au final, la chose la plus difficile fut de réaliser une conception équilibrée, afin qu’elle soit en parfaite harmonie dans les deux positions, en lecture d’heure comme en aiguille verticale.

TWL: Combien de temps cela vous prend-il de réaliser une pièce complète comme celle-ci, depuis sa conception ?

TP: Cela dépend de ce que veut le client, entre quatre semaines et deux ans. La Qatar l’a pris trois mois.

TWL: Quelle est la demande la plus originale que vous ayez eu de la part d’un client pour une montre sur-mesure ?

TP: Pouvez-vous réaliser ce mécanise pour une montre à Quartz !

TWL:Au final, quel est la pièce dont vous êtes le plus fier ?

TP: Ma nouvelle Mysterious Automatic Double Axe Tourbillon avec calendrier et charge oscillante. Lorsque j’en ai eu l’idée, j’ai pensé que ce serait au-delà de mes compétences. Alors j’ai commencé à travailler chaque pièce comme entité individuelle, que j’ai finalement assemblées pour faire cette montre extraordinaire !

Surveillez bien cette nouvelle pièce extraordinaire de Thomas Prescher dans le courant de la semaine !

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Category: Interviews

About Tom Mulraney: Tom is the founder and editor of The Watch Lounge. Together with his team he is dedicated to bringing you the best, original content you won't find anywhere else on the net. View author profile.

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  1. [...] *Please note that thanks to the excellent work of Olivier Muller this interview is also available in French [...]

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